Sarbatoarea Gustului / La fête du goût 2020/2030 pentru educație incluzivă privind alimentația sustenabilă în România.

* * * * *

Sarbatoarea Gustului / La fête du goût 2020/2030 pour une éducation formelle en Roumanie incluant l’alimentation durable.

✒️

« Festival du Goût », une initiative éducative qui encourage le libre arbitre des jeunes élèves des écoles primaires, ambassadeurs auprès des familles, afin qu’ils deviennent des citoyens informés et actifs quant à leur consommation alimentaire.

✒️  Quand il existe la conscience du choix, la liberté de manger sain nous appartient !

L’éducation au goût, un incontournable de la soutenabilité pour les générations de demain. L’alimentation au coeur du programme éducatif créé par Sarbatoarea Gustului depuis 2014. Nos systèmes alimentaires sont au cœur des enjeux de la transition écologique. Le prix est l’indicateur de la qualité nutritionnelle des produits.

Ces résultats montrent que la nutrition ne relève pas uniquement du choix individuel. Elle dépend aussi du pouvoir d’achat.

Quand les produits sans additifs à risque coûtent en moyenne 63 % plus cher, l’accès à une alimentation saine devient un privilège !

C’est effarant … mais tellement logique : quand le seul objectif est de produire moins cher, additifs, conservateurs, exhausteurs de goût et autres épaississants, sucre ajouté et sel sel deviennent des outils au service de cette stratégie, … au prix de négliger les problèmes de santé publique qu’ils posent. Et on accuse les produits qui se passent de ces artifices d’être trop chers. Derrière un prix bas, il y a toujours quelqu’un qui trinque…

✒️

Comment l’éducation alimentaire façonne les générations futures.

Daniel Dobre partage la mission et l’évolution de Sarbatoarea-Gustului , un projet qui transforme l’éducation alimentaire en une expérience vivante, reliant le goût authentique à la santé, à la durabilité et à la responsabilité envers les générations futures.

Ce qui caractérise la carrière de Daniel Dobre, c’est la constance de sa mission éducative : « Éduquer les générations futures à manger plus consciemment, plus sainement et dans le respect du goût et de la nature. » Il n’est pas seulement un promoteur du goût, mais aussi un bâtisseur de mentalités, un trait d’union entre tradition culinaire, éducation et responsabilité sociale.

En acquérant de l’expérience dans le secteur de la restauration et de l’hôtellerie-restauration, il a compris le lien entre le goût, l’éducation et l’expérience. Ayant hérité de l’art culinaire traditionnel de sa mère et de sa grand-mère en Transylvanie, le début des années 2000 a marqué le début de l’enrichissement de son univers culturel et gastronomique international. Durant cette période, il a également pris connaissance d’initiatives internationales dédiées à une alimentation responsable, qui sensibilisent le public aux bonnes pratiques alimentaires dès l’enfance. Parmi celles-ci figuraient des programmes tels que « L’éducation au goût », mis en œuvre en France, en Suisse et en Italie dans les années 1990.

C&B : Si l’on devait retracer le parcours de votre carrière, quels ont été les moments clés qui vous ont défini ?

Daniel Dobre : Moments clés : Le lancement officiel du programme en Roumanie (2010).

Le premier chapitre de mon parcours a été marqué par ma passion pour le goût et la tradition. Entre 2000 et 2010, mon expérience dans plusieurs restaurants roumains, français et italiens, mes visites, en tant que touriste, à certains des plus importants concours culinaires internationaux, ainsi que mes rencontres avec des chefs prestigieux, dont Paul Bocuse en 2005, ont façonné ma formation professionnelle en gastronomie. J’ai découvert combien la culture culinaire peut être un puissant vecteur d’éducation et d’identité, ce qui, au fil du temps, s’est mué en une véritable vision et une vocation.

Le deuxième moment clé a été le lancement et le développement du programme éducatif « La Fête du Goût » en Roumanie, sur la suggestion de Patrick Pierre Pettenuzzo, cofondateur, en tant que programme éducatif franco-roumain dédié à la culture du goût, à la promotion d’une alimentation équilibrée et à l’encouragement au respect des producteurs locaux et des produits de saison.

La création de la tournée « Leçons du goût » — un projet itinérant à travers les écoles, où les élèves apprenaient à connaître les aliments sains par le goût et le jeu. L’article de Careers – Business

✒️

Interlude historique, une introduction rabelaisienne :

  • Quand l’envie de gueuser les démangeait ensemble…ils allaient en quelques bordeaux qui abondaient en Flandres, s’offrir quelques lourdes ribaudes…

Cette citation est extraite de la biographie de Bruegel l’Ancien rédigée par Carel van Mander dans son ouvrage Le Livre des peintres publié en 1604.

✒️

Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat 2025 / 2030.

Développer l’éducation à l’alimentation et à la nutrition, pour aller vers une alimentation compatible avec des systèmes alimentaires durables

L’éducation à l’alimentation est un levier majeur pour faire évoluer les comportements alimentaires. En effet celle-ci consiste en l’acquisition de connaissances et de compétences permettant le développement de comportements alimentaires favorables à la santé et à l’environnement. Celle-ci doit se faire à tous les âges de la vie, pour devenir autonome et pour se construire une vision globale de l’alimentation de manière continue.

L’éducation à l’alimentation doit se faire en direction de tous les publics concernés, incluant les populations défavorisées. Il s’agit de prendre en compte les inégalités de manière prioritaire et d’éviter les injonctions contradictoires. L’accès à une alimentation sûre, saine et durable doit donc être un prérequis à l’éducation à l’alimentation. Cette dernière dépend en effet de la cohérence et de la complémentarité entre les messages, mais aussi de la disponibilité de l’alimentation.

Le rapport à télécharger

À l’horizon 2030, il sera donc nécessaire de :

  • Action n°70 : Renforcer en particulier les activités et les projets pédagogiques d’éducation à l’alimentation durable proposés aux élèves en :

– Promouvant les ateliers liés à la cuisine dans les écoles et en lien avec la restauration collective ;

– Favorisant le lien entre les écoles et les acteurs du territoire, par les Projets alimentaires territoriaux, notamment par des visites terrains ;

– Mettant en place ou en actualisant des supports pédagogiques, en lien avec l’alimentation durable ;

  • Action n°71 : Renforcer la formation des professeurs, animateurs périscolaires et des professionnels de santé intervenant dans les écoles, sur les sujets d’alimentation durable ;
  • Action n°72 : Faire en sorte que chaque enfant scolarisé du cycle 2 à 3 en particulier bénéficie d’actions de découverte de l’agriculture et de sensibilisation aux enjeux de la souveraineté alimentaire et des transitions agroécologiques et climatiques ;
  • Action n°73 : Prendre en compte, de manière prioritaire, les inégalités sociales, de santé et territoriales ainsi que les différentes cultures dans les actions d’éducation en direction de tous les publics ; prévoir des actions d’accompagnement auprès des populations en situation de précarité, avec une prise en compte du niveau de littératie et de connaissance en santé ; développer les dispositifs éducatifs d’aide à la parentalité.

✒️

« J’en ai les larmes aux yeux » : chef étoilé en Gironde, il raconte l’un des plus grands moments de sa vie

Au total, dans l’équipe, nous étions neuf. Nous avons passé énormément de temps ensemble, en amont du concours. Nous sommes devenus une famille, celle du Bocuse d’Or 2025. Après le sacre des Bleus à la coupe du monde 2018, Didier Deschamps [entraîneur de l’équipe de France, ndlr] avait dit à ses joueurs qu’ils étaient liés à vie par cette victoire. Pour nous, c’est exactement pareil.

Jérôme Schilling

Chef du restaurant Lalique, à Bommes (Gironde), Jérôme Schilling se trouvait dans le staff de Paul Marcon lorsque ce dernier a remporté le Bocuse d’Or 2025. Confidences.

Écouter cet article

✒️

Les fruits et légumes de mars

Les fruits et légumes de mars sont encore ceux d’hiver. Un peu de patience car d’ici une poignée de semaines le printemps sera là !

Ce sont les dernières semaines pour consommer les choux : chou blanc, frisé, rouge, chou de Bruxelles. Profitez également des dernières betteraves et derniers épinards.

Les premières asperges vertes et les radis quant à eux, réapparaissent sur les étals. Côté fruits, profitez des dernières poires. Le mois de mars n’offre pas beaucoup de fruits mais vous pouvez encore consommer les agrumes et profiter de leurs vitamines.

Les choux

  • Chou blanc Riche en vitamine C et en fibres, le chou blanc favorise la digestion et aide à renforcer les défenses naturelles. Il contient aussi des antioxydants qui protègent les cellules des effets du vieillissement.
  • Chou de Bruxelles : Source de vitamine C et de fibres, les choux de Bruxelles aident à renforcer l’immunité et à réguler le transit. Ils contiennent aussi des composés soufrés aux propriétés protectrices.
  • Chou-fleur : Faible en calories et riche en fibres, le chou-fleur aide à prolonger le sentiment de satiété. Il contient aussi des antioxydants et des composés soufrés, bénéfiques pour la détoxification du corps.
  • Chou frisé : Le chou frisé est riche en vitamines A, C et K, bonnes pour le système immunitaire, la santé des os et la protection cellulaire. Sa teneur en fibres favorise également un bon transit intestinal.
  • Chou pommé : Le chou pommé contient des fibres et des vitamines C et K, essentielles pour la digestion, la santé immunitaire et osseuse. Il est également faible en calories, contribuant ainsi à une alimentation équilibrée.
  • Chou rouge : Grâce à ses anthocyanines, le chou rouge possède des propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. Il est aussi une bonne source de vitamine K.

Les légumes-racines ou tubercules

  • Betterave : Riche en nitrates naturels, la betterave améliore la circulation sanguine et favorise l’endurance physique. Elle contient également des fibres et des antioxydants, contribuant à la régulation du transit et à la protection cellulaire.
  • Carotte : Source de bêta-carotène, la carotte est bénéfique pour une bonne santé visuelle et une belle peau. Elle contient aussi des fibres qui favorisent un bon transit et apportent de la satiété.
  • Céleri rave : Riche en fibres et en potassium, le céleri rave contribue à la régulation de la pression artérielle. Il contient également des vitamines B apportant de l’énergie !
  • Navet : Le navet est faible en calories et riche en vitamine C. Il est aussi une bonne source de fibres.
  • Panais : Riche en fibres, le panais aide à maintenir un bon transit intestinal et stabilise la glycémie. Il contient également des antioxydants, favorisant la santé cellulaire.
  • Pomme de terre : La pomme de terre est une source de glucides complexes, apportant une énergie stable et durable. Elle est également riche en potassium et en vitamine C, bénéfiques pour le cœur et le système immunitaire.
  • Radis : Faible en calories, le radis contient aussi de la vitamine C, qui renforce l’immunité et aide à l’absorption du fer.
  • Salsifis : Source de fibres solubles, le salsifis aide à réguler la glycémie et le cholestérol. Il contient également du fer et du potassium, pour une bonne santé cardiovasculaire et musculaire.
  • Topinambour : Riche en inuline, une fibre prébiotique, le topinambour est excellent pour la santé intestinale. Il est aussi faible en calories et contient du potassium bénéfique pour la régulation de la pression artérielle.

Approfondir

Les recettes de saison du chef Alain Alexanian

Outre le fait, d’être un parrain fidèle et généreux de la Fête du Goût en Roumanie depuis 2017, le chef, auteur a informé les consciences bien avant la mode de l’alimentation saine. Son livre s’inscrit dans la continuité de la révolution délicieuse d’Alice Waters.

Traduit et éditer en roumain à deux reprises en 2019 avec le secrétariat au développement durable du gouvernement roumain et la Fondation Auchan, sous l’égide de la Fondation de France, en 2023.

6000 exemplaires édités et distribués dans les 6000 écoles primaires, collèges et lycées de Roumanie, comme soutien aux cadres didactiques pour expliquer l’alimentation, son histoire, ses défis… et un brin d’histoire de cette vaste et séculaire culture concernant la cuisine en France et dans le monde.

« L’art de bien manger bio »

Alain Alexanian : „Par suite de l’enthousiasme de la sortie de mon livre « L’art de bien manger bio » distingué par un Howard sur la santé et la nutrition, il m’a paru logique de continuer cette action en lien avec la santé en me positionnant sur les herbes et les plantes. Ouvrir la connaissance au public avec l’espoir d’une prise de conscience au-delà du bien manger il y a aussi le bien boire. Jamais nous n’avons payé aussi cher nos erreurs de nutrition !”

Alors osez le « slow healthy » en opposition à la masse des « slow killers ». Puisque boire est indispensable, chacun devrait en avoir le choix. Mieux se nourrir par les plantes avec trois créneaux :

  • Bon pour le goût… car le plaisir est essentiel. 
  • Bon pour la santé… pour vivre mieux et plus longtemps 
  • Bon pour la planète… c’est une urgence surtout une évidence.

Quiche au cantal et au potimarron

Une pâte brisée, du jeune cantal, très important, pas du vieux, certes plus goûteux mais cela ne fonctionnerait pas dans cette recette en fait exactement celle pour préparer l’aligot. Ajoutez à cela un peu de crème, des œufs et voilà la quiche des journées froides qui se trouve là, sur votre table ! 

Voir la progression de la recette

 

Blanquette de veau

Son nom est tout un symbole pour tout amateur de cuisine traditionnelle française. Elle a toute sa place durant les journées froides de l’hiver que nous traversons. De ce plat, je garde de ma grand‑mère un geste précis : celui de verser le jaune d’œuf citronné, détendu avec un peu de bouillon de cuisson, en le faisant glisser doucement sur ce lac immaculé où flottent le veau et les légumes encrémés, qui n’attendent plus que l’estocade finale avant la dégustation.

Voir la progression de la recette

✒️

À l’image d’une année 2025 plus que morose, le tourisme roumain marque le pas. Explications avec Cristi Pitulice, consultant en tourisme…

Comment expliquez-vous les mauvais chiffres de l’an dernier ?

2025 a effectivement connu les pires résultats de ces trente dernières années. La baisse est de l’ordre de 2% chez nous, alors que le tourisme en Europe a augmenté de 3%. Avec la Slovaquie, nous sommes le seul pays où ce secteur est en décroissance. Une baisse non seulement importante du côté des touristes roumains, mais encore plus dramatique concernant les touristes étrangers. C’est aussi en 2025 qu’il y a eu le plus grand nombre d’établissements du secteur de la restauration qui ont fermé leurs portes. Selon moi, on peut distinguer trois raisons principales. En premier lieu, le cadre législatif n’est pas du tout adéquat, avec une atomisation des responsabilités entre acteurs locaux et nationaux. Deuxièmement, l’absence de stratégie de la part des autorités… Au vu de notre économie et de nos atouts culturels et naturels, le tourisme devrait contribuer à hauteur de 3 % de notre Produit intérieur brut. Or, l’État investit plus d’argent dans le tourisme qu’il n’en retire, ce qui est rare à l’échelle mondiale. Enfin, le troisième aspect est lié aux chèques-vacances. Cette mesure populiste et mal appliquée a maintenu le secteur dans une sorte de coma artificiel. Chaque année, le gouvernement injecte 300 millions d’euros afin que le personnel du secteur public puisse partir en vacances. À la base, l’initiative est louable, sauf que cette manne a été utilisée de manière aléatoire, accentuant la pression sur le littoral et la vallée de Prahova lors de certaines périodes. Les tarifs y ont augmenté et les gens n’ayant pas ce type de chèque ont préféré aller en Bulgarie ou en Grèce. Cette forme de gratuité a agi comme un cache-misère ; de nombreuses maisons d’hôtes et hôtels se sont développés uniquement pour satisfaire ce modèle. Or, il n’est pas viable. De fait, ces établissements ont été réduits de moitié en 2024. Il ne reste alors que des lieux comme Năvodari ou Bran-Moeciu, construits sans aucune cohérence et où les gens ne reviennent pas.

Quelles seraient les alternatives ?

Malheureusement, les acteurs qui arrivent à se maintenir en viennent souvent à ne plus déclarer leurs activités. Je pense à de nombreux opérateurs sur la côte qui ne font plus de factures pour combler la hausse des prix, ou encore de la TVA – qui est passée, à partir du 1er août 2025, de 9 à 11% pour les maisons d’hôtes et les hôtels, et de 5 à 11% pour les restaurants, ndlr. Parallèlement, Bucarest est sans doute la capitale européenne la moins accueillante pour les touristes, avec des tarifs hôteliers légèrement moins chers qu’à Vienne, Budapest ou d’autres capitales de la région. Mais qu’offre-t-elle ? Le tourisme dit de luxe, avec de la balnéothérapie ou des spas, y est quasi inexistant si on la compare à d’autres grandes villes d’Europe de l’Est. Même chose avec le shopping, nous sommes à des années-lumière d’Istanbul ou de Milan. Et sur le plan culturel, hormis le festival Enescu, citez-moi un autre événement pouvant attirer les touristes étrangers ? Nous ne sommes pas non plus une destination sportive, historique ou événementielle faute d’espaces dédiés ou de festivals du type Untold comme à Cluj, ville qui a été beaucoup plus audacieuse.

Toutefois, il semblerait que l’État souhaite mettre un peu d’ordre dans l’offre des maisons d’hôtes et des hôtels…

Cet aspect est un véritable serpent de mer. Le plus gros frein est sans aucun doute les liens qu’entretiennent les politiques avec le secteur ; de nombreux politiciens possèdent des maisons d’hôtes, des hôtels, des restaurants. En conséquence, toute réglementation ou restriction est vouée à l’échec. Car il est évident que si vous possédez les « bons » contacts, vous n’aurez pas de contrôles sanitaires ou de la part des autorités fiscales. Dans ces conditions, comment s’étonner qu’à Costineşti, sur le littoral, l’évasion fiscale se situe constamment autour de 60% ? Même chose à Vama Veche où, pendant des années, elle a dépassé 70%… Cela au vu et au su de tous. C’est tellement ancré que la plupart du temps, quand des choses se mettent en place entre différents acteurs pour organiser un événement voire développer une région, les trois quarts espèrent ne pas être taxés. Pourtant, il y a des choses à faire. Personnellement, je m’investis afin de changer la perception de certaines régions du pays. Je pense à la partie montagneuse de l’Olténie, très riche en termes de patrimoine culturel et naturel, avec deux sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco. Autre destination qui va certainement se développer dans les années à venir, la région du bas-Danube, vers Cernavodă-Hârșova, qui devrait devenir une alternative idéale au Delta.

Propos recueillis par Benjamin Ribout (13/02/26). Source la Lettre N°103 de « Regard ». 

✒️

Une Securitate toujours influente 35 ans après sa dissolution.

Plus de trente-cinq ans après la chute du régime communiste et de Nicolae Ceaușescu, le faible remplacement des élites politiques, souvent issues de ce même système, et la mainmise par des ex-sécuristes ou communistes et leurs descendants, tant sur la politique que sur l’économie.

On parle même en Roumanie de « privatisation du communisme » sont, selon de nombreux commentateurs et analystes, les clefs de compréhension des demi-mesures, voire du semblant de mesures, qui ont été prises.

En 2023, L’une des membres du Collège de direction du CNSAS, Germina Nagâț, affirme dans un long interview au quotidien Adevărul que la Securitate est toujours aux commandes. Preuve en est l’empêchement d’accéder au dossier de la Securitate dans l’affaire Gheorghe Ursu (ro), un dissident roumain battu à mort en 1985 par la Milice. Le dossier aurait permis de mettre en accusation deux sécuristes toujours vivants. Les éléments ont été sortis du secret officiellement en 2000 mais transmis au CNSAS seulement 16 ans plus tard, juste après que la prescription des faits soit atteinte. Le manque de preuves contre la Securitate a orienté les accusations contre la Milice, empêchant la justice d’effectuer son travail à temps contre la Securitate.

Ainsi, contrairement à ce qui s’est passé dans d’autres pays de l’Est ayant subi la dictature communiste, seul un nombre très limité de membres de la Securitate ou du PC, ou même de tortionnaires du régime, ont été poursuivis en Roumanie et encore moins condamnés. Les premières enquêtes et inculpations pour crime contre l’humanité pendant la période communiste n’ont été diligentées qu’en 2014.

Entre 1989 et 2017, seules trois procédures pour crimes contre l’humanité ont été ouvertes en Roumanie. , dont deux se sont soldées par des condamnations définitives En 2024, la société roumaine est toujours bloquée par la lourde pesanteur de l’héritage communiste, une caste sécuriste toujours influente, une corruption endémique et une défiance généralisée vis-à-vis des hommes politiques, tout en étant handicapée par un départ massif de sa jeunesse à l’étranger.

Il semble qu’une majorité de Roumains, troublée par les polémiques et les luttes politiques incessantes sur l’héritage du communisme depuis 1990, désorientée par les changements économiques radicaux de la société roumaine et plus préoccupée par les crises successives depuis 2007: crise économique de 2007-2008 et ses conséquences dans la société roumaine, les crises politiques multiples des années 2015-2025, sans oublier l’impact massif de la pandémie de Covid-19 en 2020-2021, se soit partiellement désintéressée du sujet. La présence de faux rapports dans les archives de la Securitate, et les techniques de manipulation des informations couramment employées par cette dernière brouillent efficacement la crédibilité de cette source d’information. Les anciens sécuristes en profitent pour tenter de discréditer les historiens, enquêteurs ou journalistes trop curieux ou trop persévérants.

La renaissance démocratique et pluraliste en Roumanie depuis 1990 a ainsi été handicapée par le fait que, d’une part, les anciens dissidents encore vivants étaient peu nombreux, et d’autre part la bureaucratie ex-communiste s’est rapidement muée en une classe d’entrepreneurs libéraux aussi prospères que peu scrupuleux, qui continua sous ces nouveaux habits à constituer le modèle dominant de réussite sociale du pays.

✒️

« Guide Michelin » Les grandes tendances culinaires de 2026

Nos Inspecteurs racontent ce qui façonne la restauration en 2026 à travers le monde : les saveurs préservées et fermentées omniprésentes, la cuisson au feu de bois adoubée, le service à table privilégié entre autres…

Si vous avez récemment dîné au restaurant, vous l’avez peut-être remarqué : il n’y a plus de « grande tendance » ou de ligne directrice pour la construction des menus. Au lieu de cela, une poignée d’ingrédients s’impose… Ici les champignons deviennent personnages principaux des plats, et non simplement une garniture ; là, le thé est utilisé pour cuisiner, et pas seulement pour être bu ; sur certaines cartes, le caviar s’invite en majesté sous des formes convenues ou plus décalées. Nous avons demandé aux Inspecteurs quelles tendances ils observent sur le terrain : les ingrédients qui les surprennent, les idées qui font leur grand retour et les orientations qui semblent se dessiner. Voici un aperçu de ce qu’ils ont remarqué.

1 – Charbon, fumée et flamme comme nouvelle norme culinaire/sont à la mode. Les clients ne recherchent plus un style de cuisine unique, mais de la variété. Nos Inspecteurs constatent chez les chefs une manière directe et sans fioritures d’utiliser le feu pour faire ressortir les saveurs et créer un spectacle.

2 – La modernité s’inspire des cuisines traditionnelles : Certaines régions où la gastronomie est longtemps restée ancrée dans la tradition assument un nouveau visage. Si vos voyages en Europe vous mènent en Hongrie ou en Pologne, vous trouverez des chefs revisitant des plats traditionnels : tout en gardant leur identité intacte, les assiettes sont plus légères et les saveurs plus prononcées.

3 – L’amertume et la profondeur au cœur des plats : Dans de nombreuses destinations, les chefs s’orientent de plus en plus vers l’amertume et l’umami, une saveur riche, charnue et savoureuse dans la cuisine japonaise qui approfondit le goût d’un plat.

4 – Le temps est un ingrédient : Dans certaines cuisines, la saveur s’affine grâce à des processus qui demandent du temps plutôt que par l’ajout d’autres ingrédients.

5 – Un clin d’œil aux plats français populaires : Au-delà de la France, un enthousiasme croissant s’exprime pour la cuisine simple des bistrots français, où des plats tels que la blanquette, les œufs mayonnaise et l’île flottante apparaissent sous des formes restant fidèles à cette tradition.

6 – Le service est une culture : Le service s’affirme comme une forme d’expression importante de l’identité d’un lieu.

7 – Chine, Thaïlande, les nouveaux eldorados : La France et le Japon sont toujours des destinations de prédilection et des boussoles pour les chefs du monde entier, mais leur attention se porte de plus en plus vers de nouveaux pôles culinaires.

Lire l’article complet

✒️

Guy Savoy élu membre libre de l’Académie des beaux-arts.

Au cours de sa séance plénière de ce mercredi 13 novembre 2024, l’Académie des beaux-arts a élu Guy Savoy au fauteuil V de la section des membres libres, précédemment occupé par Michel David-Weill (1932-2022)

A 27 ans, il ouvre son premier restaurant, rue Duret à Paris. La reconnaissance du monde de la gastronomie viendra rapidement. En 1987, le Restaurant Guy Savoy déménage rue Troyon, dans un lieu beaucoup plus spacieux.

Le nom Guy Savoy entre en 1997 dans le dictionnaire Larousse. Entre 1998 et 1999, Jean-Paul Jaud réalise le film Quatre saisons pour un festin consacré à Guy Savoy et ses producteurs.

Guy Savoy ouvre en 2003 deux nouvelles tables à Paris : l’Atelier Maître Albert et le Chiberta. En 2006, il s’exporte à l’étranger avec l’ouverture d’un Restaurant Guy Savoy au Caesars Palace à Las Vegas.

Depuis 2010, Guy Savoy est membre de la commission présidée par Jean-Robert Pitte qui a apporté son soutien à l’IEHCA (Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation) pour présenter le dossier de candidature du repas gastronomique des Français sur la liste représentative

du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Son intervention à l’UNESCO sera choisie comme l’un des sujets du Baccalauréat 2023.

En 2013, il entre au Comité Colbert. Le Restaurant Guy Savoy s’installe en 2015 à la Monnaie de Paris. François Pinault propose alors d’y installer des œuvres de sa collection. Guy Savoy est choisi à deux reprises pour représenter la gastronomie française aux Etats-Unis : par le président Nicolas Sarkozy lors de son voyage officiel en 2007 puis par le président Emmanuel Macron lors de sa visite d’Etat en 2018. Auteur de livres de recettes, il publie aussi des livres sur des thématiques variées : Savourer la vie, Le Geste et la Manière ou en lien avec la littérature : Le goût de Stendhal co-écrit avec Gonzague Saint-Bris, et la collection Guy Savoy cuisine les écrivains.

En 2024, le Restaurant Guy Savoy – Monnaie de Paris est nommé « Meilleur Restaurant du Monde » par La Liste pour la 7ème année consécutive, et figure toujours au sommet des guides gastronomiques du monde entier.

L’Académie des beaux-arts

✒️

Tranches de vie suite à trente années passées en Roumanie (suite IV)

Photo place Enescu en couleur avec l’Hôtel Bucuresti, rebaptisé Radisson après celle en noir et blanc de la lettre N° 55.

Plan large et avec beaucoup de neige comme en 1995.

 

 

 

Le Monastère de Vacaresti – l’église la plus prospère du monde orthodoxe, de style brancovenesque, l’un des monuments historiques les plus précieux de Bucarest.

La première pierre du monastère de Vacaresti fut posée en 1716 par Nicolae Mavrocordat, premier souverain phanariote de Valachie, alors que l’histoire de la prison commence en 1848, lorsque l’armée d’occupation russe y amena les prisonniers révolutionnaires ayant participé à la révolution roumaine de cette année-là. Puis, en 1864, lors des révoltes paysannes, le gouvernement conservateur y emprisonna les paysans arrêtés, transformant l’ensemble monastique en pénitencier.

Considéré par certains historiens comme « l’apogée du style de Brancovești en Valachie ». Le monastère était richement doté et jouissait d’une position privilégiée par rapport aux autres.

Son fils, Constantin Mavrovordat, accéda au trône de Valachie et poursuivit l’œuvre de son père. Avant 1736, il fit construire la chapelle du monastère de Vacaresti (à l’est de l’enceinte) et une nouvelle cour. L’ensemble ainsi formé s’étendait sur 18 000 mètres carrés et constituait le monument architectural le plus important du XVIIIe siècle, ainsi que le plus grand monastère d’Europe du Sud-Est.

L’histoire de la route de Vacaresti, qui reliait autrefois le centre-ville au monastère de Văcărești

  • „Comme c’est curieux et quelle coïncidence bizarre” ! Fait dire à M. Martin, Eugene Ionesco, dans la Cantatrice Chauve. Pièce que, par un heureux concours de circonstance, étrangement, j’ai joué dans le rôle du pompier à l’Institut Français de Bucarest devant Marie-France Ionesco, sa fille.

Quelle bizarre coïncidence, cette première adresse en Roumanie : Rue Vacaresti !

Calea Văcărești est l’une des plus anciennes artères de Bucarest, reliant le centre-ville aux quartiers sud de la capitale. Jadis, tous les boyards y résidaient, sous l’autorité du souverain. Puis s’y est établie la communauté juive de Bucarest, et enfin, des immeubles d’habitation y ont été construits durant la période communiste. Durant l’histoire, de violentes batailles s’y sont déroulées entre l’armée du souverain Vlad le Jeune et les troupes ottomanes, à travers les vignobles de Văcărești, qui était alors un village aux portes de Bucarest.

Le quartier de Văcărești a joué un rôle majeur dans l’histoire de Bucarest. Une grande partie des boyards et de la haute société de la capitale y résidaient, situation qui ne changea qu’après la construction de la Cour royale au centre-ville par Mircea l’Ancien.

Comment Calea Văcărești est apparue sur la carte ?

Peu après, la Calea Văcărești fut aménagée, pavée de poutres, comme toutes les artères principales de la ville. C’est par cette voie que passait le cortège royal jusqu’au monastère de Văcărești, transformé en prison durant l’entre-deux-guerres, avant d’être démoli sous le régime communiste. À l’origine, la Calea Văcărești avait pour vocation de relier l’église Sfânta Vineri, au centre-ville, au monastère de Văcărești, et plus précisément d’établir une liaison directe entre le centre et le sud de Bucarest.

Au fil du temps, la route de Văcărești a été raccourcie et son tracé considérablement modifié, si bien qu’elle est aujourd’hui deux fois plus courte qu’auparavant, s’arrêtant à la jonction avec Dâmbovița. Au début du XXe siècle, la route de Văcărești reliait la route de Călărașilor à la prison de Văcărești. Sinueuse, elle traversait Dâmbovița de part et d’autre de la moitié de sa longueur, passant même devant le célèbre pub Mandravela.

La communauté juive de Calea Văcărești.

Dans les quartiers de Văcărești et de Dudești, de plus en plus de Juifs s’installèrent au fil du temps, formant une véritable communauté. Il convient toutefois de préciser qu’il ne s’agissait pas de Juifs riches, mais de Juifs de la classe moyenne, car les plus fortunés avaient depuis longtemps déménagé dans les quartiers huppés de la ville, comme l’indique l’écrivain Isac Peltz dans son ouvrage Via București.

Dans le café de Lipscani, où il était entré récemment, il côtoyait chaque jour un monde d’hommes d’affaires, négociants en pièces de monnaie et en céréales, en maisons et en propriétés, en tissus et en médicaments.

Durant l’entre-deux-guerres, les rues étroites entourant Calea Văcărești ont fait l’objet d’un processus d’assainissement et de drainage, ce qui a nettoyé la zone et a conduit à la disparition de la boue et des flaques d’eau qui se formaient à chaque pluie.

Après l’instauration du régime communiste, Calea Văcărești a subi une véritable défiguration architecturale. Les maisons anciennes (dont certaines datant de 1800) et qui faisaient le charme du quartier ont été rasées et remplacées par des immeubles d’appartements. Calea Văcărești a également été raccourcie : la portion située entre le quartier de Timpuri Noi et le boulevard Mărășești a été modifiée et intégrée au boulevard Mircea Vodă.

À propos de lui-même, Peltz déclara dans Calea Văcărești.

« Je suis autodidacte. Je n’ai pas de diplômes. Je n’ai pas fait d’école. Je n’ai que l’école de la vie et le démon de l’écriture, depuis l’enfance. À l’âge de 12 ans, lorsque j’ai commencé à gagner ma vie (pauvre employé dans un bureau commercial), j’ai sacrifié mes nuits à l’écriture. »

L’année 1933 lui apporta la reconnaissance, grâce ce roman « Calea Văcărești », ce succès étant le fruit d’un long parcours au cours duquel l’écrivain affina son style, dans des œuvres telles que : « Life with Humor and Without a Name Stan » (1929), « Horoscop » (1932) ou « Amor încuiat » (1933).

Dans « Calea Văcărești », l’auteur explore le milieu du quartier juif de la capitale du début du XXe siècle jusqu’après la Première Guerre mondiale, le récit s’articulant autour du drame familial.

À travers l’entrelacement des destins de la famille et des autres membres de la communauté se dessine une vaste fresque sociale, peuplée de personnages plus ou moins pittoresques. L’accent est mis sur l’authenticité, sur les conflits réels, sur tout ce qui composait le tumulte de la vie dans un quartier ravagé par la souffrance. Et la dimension autobiographique est indéniable.

Donc, possiblement, déjà en 1995, étaient remontés en moi les effluves de ce Monastère pénitencier de Vacaresti, lorsque je foulais le sol par mes enjambées de remise en forme, sur cet espace où l’histoire s’était inscrite durant deux siècles et demi. J’aime imaginer qu’avec cette première destination en sol roumain, Vacaresti, était un souffle surgit de cette Dacie ancestrale, d’une histoire qui infuserait en moi au-delà de cette Roumanie d’après 89 et qu’elle réveillerait des inspirations profondes comme des ambitions enfouies tout au long de ces années. Du plus célèbre et engagé anarchiste du quartier juif dépeint dans cette édition de « Calea Vacaresti » écrit par Isaac Peltz en 1933.

Vacaresti aurait donc, créer en moi une curiosité où passé, présent et futur se révèlent tel un destin qui s’écrit entre origine italienne, une naissance et une adolescence inspirée des révoltes de canuts à Lyon, ancienne Lugdunum, pour trouver son accomplissement en Dacie où au premier siècle la Rome antique était présente. Une synthèse, une symbiose, une extrapolation, une fiction…Un film, celui d’une vie, la mienne, confondue et accidentée entre désespoirs et rebellions.

Le prisonnier Ceausescu n’aimait pas le souvenir de son emprisonnement.

Né dans un petit village roumain, Nicolae Ceaușescu s’installe à Bucarest, la capitale, à l’âge de onze ans pour travailler comme apprenti cordonnier. Il adhère au Parti communiste de Roumanie, alors illégal, au début de l’année 1932. Arrêté à plusieurs reprises au cours des années suivantes et se forgea une réputation de dangereux agitateur communiste. Il entra dans la clandestinité, mais en 1936, il fut capturé et condamné à deux ans de prison à Doftana pour activités antifascistes. En 1940, Ceaușescu fut de nouveau emprisonné pour agitation et organisation politiques et incarcéré à la prison de Jilava. En 1943, Ceaușescu fut transféré au camp d’internement de Târgu Jiu, où il partagea une cellule avec Gheorghe Gheorghiu-Dej, futur premier secrétaire du Parti communiste roumain, dont il devint le protégé. Après son évasion en 1944, Ceaușescu occupa divers postes au sein du Parti communiste, puis au sein du gouvernement après la prise de pouvoir par les communistes la même année.

Que n’ai-je donc rêvé durant ce chemin sinueux entre athéisme agnostique, spiritualité et introspection.

Mais lorsque je relie les fils entre les points de cette feuille blanche de mon existence, j’y découvre des univers, des océans de ciels, des passions dévorantes, des espaces secrets, un théâtre de sentiments, des arquelinades de terriens.

Cet espace sauvage que je découvris à mon arrivée et où j’allais courir le matin. Quels effluves sont remontés en moi à ce moment-là ? Le goût des monastères à l’athée forcené que j’étais, éduqué dans la haine des babioles de l’église et de ses dogmes. Comme cette engueulade me tombant sur la tête, lorsque d’une croisière scolaire de 5 jours sur le Rhin. Je ne ramènerai que des images pieuses de madones et d’églises perchées le long du fleuve et contemplées lors de notre descente fluviale, entre Strasbourg et Mayence. Voter rouge après la libération, c’était un tantinet stalinien dans les familles, jusqu’à l’embourgeoisement parachevé des trente glorieuses et sa société du temps libre.

Après une première introduction avec un Monastère, ce fut le plus emblématique de Roumanie, Curtea De Arges.

Depuis le bloc modeste des gens qui m’accueillaient pour cette fin de semaine, C’est à pied, que nous pouvions nous rendre en visite dans cet ensemble spirituel et royal que les architectures variées présentaient. Une fierté pour toute la population de Roumanie.

Le monastère orthodoxe de Curtea de Arges fait partie des monuments incontournables de la région de Muntenie et est sans doute l’un des plus beaux monastères roumains.

La légende du folklore roumain de la ballade “Le Monastère D’Arges” (ou la ballade du « Maître Manole ») est dédiée au maître bâtisseur Manole, au mythe de la création et du sacrifice. La ballade issue de la Légende de maître Manole est un texte fondateur de la nation roumaine.

Manole, maître maçon, et ses compagnons doivent bâtir le monastère de Curtea de Arges (joyau de l’architecture religieuse roumaine), mais chaque nuit l’ouvrage du jour s’écroule. Un sacrifice humain est nécessaire et, à contrecœur, Manole est obligé d’emmurer son épouse, en espérant que ce sacrifice brise la malédiction. Le monastère fut alors achevé et le prince Neagoe Basarab V, plus que satisfait du résultat mais ne désirant pas voir Manole offrir ses talents ailleurs, le maintient prisonnier sur les toits. L’architecte, en voulant s’enfuir, s’écrasa non loin, faisant jaillir une source à l’emplacement du puit.

Le sacrifice du maître fondateur Manole a contribué au chef d’œuvre de ce monastère devenu église épiscopale (ou cathédrale), dont le premier évêque Joseph, fait exécuter de nouvelles réparations en 1804. Entre 1875 et 1885, la cathédrale est reconstruite et en 1886 elle est de nouveau consacrée.

Compacte, de taille modeste mais richement décorée, cette église du 16e s. est construite en style byzantin. Elle possède deux petits dômes, un au centre et un à l’arrière de l’édifice, mais également deux tours torsadées secondaires qui attirent le regard car elles ressemblent à de la guimauve.

L’église épiscopale abrite les tombes de deux voïvodes du XVIe siècle. Au début du XXe siècle, elle devient la nécropole de la famille royale où reposent notamment, le roi Carol 1er prince souverain puis roi de Roumanie (10 avril 1839 –  10 octobre 1914) et le roi Ferdinand 1er, roi de Roumanie (24 août 1865 – 20 juillet 1927).

La cathédrale archiépiscopale et royale, consacrée en 2012, est située à proximité du monastère. Aujourd’hui, elle abrite les tombes de la reine Anne de Roumanie, née princesse de Bourbon-Parme (18 septembre 1923 – 1er août 2016) et son époux le roi Michel (25 octobre 1921 – 5 décembre 2017).

Ma Roumanie et les monastères. Je ne sais plus quand j’ai commencé à regarder avec bienveillance ces maisons de culte. Je crois que je suis tombé amoureux autant des architectures que de tout ce passé boyard véhiculer. En dehors des représentations bibliques, ce sont toutes ces peintures, ces architectures, ces matières, ligneux, merrains, grumes et ses œuvres sculptées, dorées, ces icônes peintes avec précision et passion.

Ma première rencontre fut lors d’un déplacement avec une délégation d’hommes d’affaires et journalistes qui accompagnaient à titre privé un investisseur du WTC et sa femme, il souhaitait se rendre compte de la situation du casino de Vatra Dornei à rénover, découvrir une coquette maison à offir pour à sa jeune épouse et voir comment dynamiser la région par des affaires touristiques en tout genre. Je me souviens qu’un sénateur français faisait partie de la délégation. Finalement, le casino rouvrira ses portes au public que le 28 novembre 2023, date du 105e anniversaire de l’unification de la Bucovine avec la Roumanie. Je me souviens aussi, de cette vitesse folle avec laquelle les quatre voitures sombres traversaient villes et villages, slalomant entre nids de poule et chiens errants devant une maréchaussée obligée.

En visitant durant cette première excursion les monastères peints les plus célèbres et uniques de Bucovine du patrimoine de l’Unesco : Humor, Voronet, Moldovita et Sucevita, presque une révélation, plus pour les qualités artistiques que pour les histoires sacrées qu’elles dévoilent. Circuit aussi surprenant qu’inattendu, ces monuments couverts de fresques religieuses à susciter mon intérêt au-delà de toute explication rationnelle.

Loin des interdits familiaux, je pus cependant contempler dès mes 17 ans, via un arrêt du train, la cathédrale mosquée de Cordoue, lors de ma première quête de ces ailleurs au Maroc, un autre continent en-dehors des voyages familiaux dans les pays jouxtant le sud de la France.

Ma première et tant espérée, depuis ma prime adolescence, retraite spirituelle dans le fabuleux cadre alpin au foyer de charité Marthe Robin (née le 13 mars 1902 à Châteauneuf-de-Galaure – Drôme), à la Flatière en 2020. Une curiosité, une pause, se refaire des forces de pensée comme se déconnecter, se goûter au silence, de retrouver le sens de sa vie, d’enraciner une quête de spiritualité ? Un petit chalet en bois individuel pour coucher et se reposer entre les offices et lectures. Le calme tout autour de nous, le silence dans la salle de restaurant, un panorama grandiose, des outils de connexion au placard et quel besoin avons-nous d’autre chose ! 

Deux années de tournées entre écoles, cours de religions décalés pour les élèves et visites de monastères du patrimoine roumain autant cultuel que culturel, cette riche histoire qui devrait permettre à la Roumanie d’avoir un tourisme qualifié qui ne ressemble pas au tourisme de masse peu souhaitable pour l’environnement. Environnement, qui en Roumanie doit encore être sujet à une sensibilisation auprès des autochtones afin que ceux-ci soient les premiers ambassadeurs de leurs terres ancestrales.

Que retenir de cette épique épopée dans la Roumanie du XXIè siècle en traversant quelques-unes des 3000 villes et communes du pays ?

Après le bleu de Sapanta du cimetière joyeux du XX ième siècle, le bleu de Voronet existe depuis six siècles. L’inspiration de l’art et de la spiritualité se transmet-elle dans un inconscient spécifiquement roumain ?

Ce qui est fascinant, dans ce monastère, ce sont ces fresques murales conservées depuis six siècles sans aucune intervention humaine. Sur le mur sud, la fresque représentant l’arbre de Jessé, un thème chrétien récurrent qui représente l’arbre généalogique de Jésus, est peinte sur un grand fond de bleu. Le fameux bleu de Voroneț . Ce bleu a été particulièrement étudié. Des spécialistes expliquent qu’il a été réalisé à partir d’azurite, une pierre réduite en poudre, mélangée à une substance organique faite probablement de chaux et de caséine extraite du fromage frais de vache. La couleur ensuite est appliquée sur les profondeurs nord, à base de charbon de bois.

Bleu et spiritualité de l’imaginaire collectif, le bleu fait référence aux éléments : Les océans, l’immensité du ciel et de la terre qui se reflète dans l’imaginaire des étoiles.

L’heure où la terre est défendue des agressions humaines inavouables. La terre, le ciel et les océans se rappellent, ce qui est déjà nécessaire pour les majoritaires dans nos vies de spiritualité de paix et de stabilité, avec la couleur bleue faisant référence à la confiance, à la loyauté et à la vérité de l’univers.

Les yeux bleus qui sont souvent synonymes d’attirance devraient transmettre à toute l’universalité du monde le baiser de la sérénité qui fait tant défaut en ces temps contrefaits aux encoignures du globe. Les yeux bleus de Voronet tel un laser qui guiderait vers la lumière divine de paix cosmique si maltraitée par l’espèce humaine qui se débat tellement pour les causes de la futilité et des contradictions qui désunissent les êtres et le vivant. Lors de notre tournée dans les écoles pour la Fête du Goût 2024, après la découverte de Sapanta, je suis revenu à Voronet après deux décennies avec le même plaisir pour redécouvrir ce chef d’œuvre d’art qui porte toutes les histoires d’une spiritualité humaine tellement enracinée, dans ces contrées.

 « Mon ami, Pour que tu aimes Voroneţ il faut d’abord que tu sois toi-même épris de beauté. Aimant la beauté extérieure tu fais la preuve de ta beauté intérieure, car tu ne peux pas aimer ce que tu ne possèdes pas en toi-même.

Pour avoir accès à la beauté matérielle de Voroneţ, vous devez connaître la beauté spirituelle. Commençons par ce pinceau d’ordre spirituel pour arriver à saisir celui de la vie intérieure.

Pour y avoir accès, on doit transférer ta propre pensée dans les siècles passés, connaître la façon de vivre et de raisonner propre aux gens d’antan, les comprendre. Ce n’est qu’ainsi qu’on peut établir un lien indestructible entre le passé, le présent et le futur. „Et pour cela même, ce sera toute la cellule qui bâtira un pont entre le passé et le futur. » Mère Supérieure Irina Pantescu

 

Ciel tumultueux sur le Danube, silence avec les soeurs, c’est Eugène Boudin qui peint !

Eugène Boudin excellait à peindre les infinies variétés de nuages en exprimant très tôt son ambition : « Nager en plein ciel. Arriver aux délicatesses du nuage. Suspendre ces masses au fond, bien lointaines dans la brume grise, faire éclater l’azur » Avec Charles Baudelaire qu’il rencontre à Honfleur, il partage leur passion commune « l’architecture mobile des nuages » (Le Port). Le premier, Baudelaire dit son admiration pour les « beautés météorologiques », ces études de ciels au pastel réalisées par Boudin.

Par la suite, Alexandre Dumas fils (1824-1895) écrira à Boudin : « Vous, qui êtes l’homme des ciels par excellence », et Camille Corot le sacrera « Roi des ciels ». Puis en 1920, c’est encore Claude Monet qui parlera de son maître sous le titre de « Roi des ciels ».

J’ai toujours aimé ces beaux et majestueux ciels tourmentés de nuages, chiffonnés de couleurs, profonds, entraînants ». Cet espace inconstant et sans cesse renouvelé envahit progressivement la toile. À partir des années 1880, la frontière entre le ciel et la mer, où le fleuve, s’estompe et l’eau devient le miroir du ciel.

Ce sont ces ciels (Photo) qui semblaient nous narrer les batailles héroiques des anciens cavaliers aux ordres d’un Decebal ayant unifié les tribus daces, affrontant l’armée de  Trajan en Mésie. En navigant devant  la Sculpture géante de Décébal, dernier roi des Daces, le ciel nous rappela ces évènements, nous entendions gronder les épées, les lances, les sabots. Quelques soeurs et moi-même avions eu l’audace de sortir sur le pont pour apprécier cette cavalcade d’altostratus et autres nimbostratus.

Izbuc, se ressourcer et canaliser ses  indignations vis-à-vis de cette civilisation d’un gotha souverain.

Le monastère d’Izbuc, premier monastère orthodoxe de Transylvanie, est surtout connu pour sa source unique en Europe. On dit que l’eau, qui jaillit parfois entre les rochers, possède des pouvoirs miraculeux.

Le samedi matin, partir à environ 100 kilomètres d’Oradea, après nos classes de goût du vendredi, dans le comté de Bihor et situé au pied des monts Codru Moma, sur la route nationale 76 en direction de Deva, dans un cadre montagnard enchanteur où vingt moines et nonnes y vivent.

Le nom d’Izbuc provient d’une source située près du monastère et qui jaillit de façon intermittente. Le monastère actuel a été construit entre 1928 et 1930 et abrite une communauté de moines.

Le phénomène karstique est considéré comme miraculeux, auquel on attribue des guérisons extraordinaires. Il est connu dans le pays et à l’étranger, et est unique en Europe.

« Des malades de tous les comtés autour de Bihor, de Cluj, Satu-Mare, Arad, Hunedoara, et beaucoup sont revenus ensuite en disant qu’ils allaient mieux et qu’ils étaient guéris. J’ai vu des estropiés amenés sur des brancards ou des charrettes, des enfants portés par leurs parents sur leur dos, ou d’autres marchant à peine avec une canne. Des gens venaient à pied, parcourant 15 km depuis la gare de Vaşcău.

Que de miracles ont dû se produire à cette source ! Et elle ne s’est asséchée qu’une seule fois, puis elle a complètement disparu. C’était à l’époque hongroise, lorsque sous l’occupation austro-hongroise. Sept ans seulement s’étaient écoulés.

La légende raconte qu’un enfant aveugle, se trouvant un jour près de la source, entendit le bruit de l’eau et, après s’être lavé le visage, recouvra la vue. Grâce à cette source, des moines se rassemblèrent et s’établirent en ce lieu. Des documents attestent de la présence de moines à cet endroit dès le XIe ou XIIe siècle.

Parallèlement, l’icône miraculeuse de la Mère de Dieu, copie de celle du Mont Athos, attire des milliers de pèlerins. Cette icône est conservée à Izbuc depuis la réouverture du monastère en 1928.

« Elle est une source de grande paix et de nombreux croyants prient devant elle. Ceux qui n’ont pas d’enfants, la Mère de Dieu leur en donne », dit l’abbé du monastère d’Izbuc.

La sainte patronne du monastère est Sainte Marie la Grande. Le 15 août, jour qui attire de nombreux visiteurs, locaux et étrangers, le monastère est particulièrement fréquenté. Depuis l’Antiquité, des fidèles de toutes confessions se rendent en pèlerinage au monastère d’Izbuc attirés par le miracle de la source miraculeuse. L’eau de cette source ne coule pas en continu, mais jaillit périodiquement du sol. Après une quinzaine ou une vingtaine de minutes d’accalmie, accompagnée d’un fort gargouillement, l’eau se met à couler, remplissant un petit bassin de pierre. L’éruption du Călugări était autrefois célèbre pour son double rythme : une éruption de deux minutes, suivie d’une pause de 15 à 20 minutes, puis une nouvelle éruption de deux minutes, suivie d’une seconde pause de deux heures. Cette dernière a aujourd’hui disparu suite à l’ouverture d’une fissure karstique qui court-circuite le siphon intermédiaire. Malgré cela, elle constitue un phénomène karstique rare et intéressant, ce qui lui a valu d’être classée monument naturel protégé.

Bric à brac de souvenirs

Des archives qui remontent à 1969 lors de la construction du barrage des portes de Fer sur le Danube, une croisière sur ce même Danube en compagnie des soeurs du Monastère de Sfanta-Ana d’Orsova, un dimanche après-midi. Anghel Salgny le génial constructeur de Constanta,  le Monastère de Voronet et ses superbes peintures, une traversée sauvage de la montagne Galautas au coeur de la Roumanie, une renaissance celle du casino de Vatra Dornei, Alex une légende de charcutier à Galati, la quiétude du village de Bilbor retiré d’un monde vivant en accéléré, un ciel torturé aussi tumultueux que les batailles du premier siècle en Dacie et d’une âme roumaine pas toujours simple… et des milliers de rires d’enfants qui feront la Roumanie d’après la période post communiste et peut-être le jardin vert d’exception de l’Europe qui saura mettre en avant l’urgence bioéconomique annoncée en 1979 par un certain Nicholas Georgescu-Roegen, natif de Constanta

Et bien évidemment tous ces ailleurs des temps composés de Sapanta !

Vacaresti, une cour des miracles et un repaire d’anarchistes libertaires

Autour de Mușoiu, autodidacte, érudit et un vrai ascète de « L’Idée », on trouve d’autres figures animées par le même esprit libertaire : son ami Panaït Zosîn, le traducteur, militant syndicaliste et utopiste I. Neagu Negulescu ou le poète symboliste Mircea Demetriade, qui nous a laissé la plus belle expression de la vision des anarchistes roumains au début du XXe siècle : « La bonne vie pour tous. Pour tout le Beau. L’individu libre. La commune libre. L’amour libre, car il n’y a plus de loi ».

La Bibliothèque de l’Idée, série que Mușoiu avait édité jusqu’à sa mort en 1944, comprenait plus de deux cents titres, parmi lesquels on trouvait des traductions de Bakounine, Johann Most, Malatesta, Kropotkine, Jean-Marie Guyau, Stirner, Thoreau, Engels, Cœurderoy, Tchernychevski, Paraf-Javal etc. ; bref, une riche et unique bibliothèque anarchiste.

Panait Mușoiu, le plus important publiciste anarchiste du pays, est né le 18 novembre 1864 à Roman. En 1909, une tentative d’assassinat fut perpétrée contre le Premier ministre par un ancien cheminot. Certaines sources le décrivent comme un simple syndicaliste, d’autres comme un anarchiste. Il est toutefois possible que cet attentat ait été planifié par la Sécurité elle-même. L’assassin parvint néanmoins à convaincre les anarchistes fréquentant les cafés du quartier de Văcărești, où de nouveaux groupes avaient émergé et étaient réputés en contact avec le célèbre théoricien de l’anarchisme, Panait Mușoiu. Passons sous silence les détails les plus sensationnalistes ; certes, les anarchistes notoires Errico Malatesta et Nestor Makhno ont traversé le territoire roumain, mais leur présence n’a eu aucune influence sur le développement d’un mouvement local.Les anarchistes semblaient omniprésents, leur présence étant même signalée à Bucarest, sur Calea Vacaresti.

Mușoiu a publié de nombreux textes classiques de la littérature anarchiste, plusieurs revues et fondé une maison d’édition, la Biblioteca Revistei Ideei, ainsi que la revue anarchiste la plus ancienne du pays, « la Revista Ideei », parue de 1900 à 1915. Vêtu simplement, vestige bohème des années animées passées au cœur du vieux mouvement ouvrier. Mușoiu, anarchiste et intellectuel de la meilleure école. Esprit inclassable, difficile à enfermer dans les cases d’un mouvement. C’était un homme qui, par son tempérament et son intelligence, ne pouvait se soumettre à aucun dogme extérieur et qui poursuivait son idéal comme il vivait sa vie : libre, serein et insoumis.

– À quoi bon proclamer la liberté de conscience, la liberté de la presse, la liberté de réunion, l’inviolabilité de la personne, la souveraineté individuelle, si l’on subit un régime qui ne permet pas de bénéficier concrètement des avantages que ces droits impliquent ?

On peut claironner tout ce que l’on veut, sans soutien, le droit dont on jouit n’est qu’une illusion, voire une simple parodie, écrivait-il en 1897.

D’une simple destination au chemin de croix d’une âme libertaire improbable.

De l’incarcération à la médiation, une vie de cellules, entre monastère et emprisonnement des subversifs. Le fil rouge d’une pensée qui considère Jésus comme un anarchiste, celui qui se rebelle contre le monde de l’injustice et renverse les tables, à ces individus qui se réunissent en conclave pour voter des actions et des décisions contre l’ordre établi. Mon histoire rejoint tout cela. Ce fil conducteur, depuis ma ville de naissance, Lyon, cette cité où la révolte et la résistance furent présentes à l’heure de la pré-industrialisation.

Mon éducation en la matière surgit des premiers airs des anarchistes chantés par Ferré, et appréhendé très jeune avec les lectures d’un Bakounine, pas forcément toutes appréhendées avec clarté.

Les réunions d’anarchistes, parallèle osé, se rencontrent souvent en conclave, pour confronter leurs expériences, leurs optiques et enfin voter tel qu’il arrive chez ces cardinaux solitaires. Ils n’élisent pas un homme ils élisent une idée première, une idée primaire qui doit guider les pas des associés jusqu’à la prochaine remise en cause des idéaux et de leur adaptation obligée. On imagine ces réunions secrètes autant sous l’empire qu’en 1968, avec les mots d’ordre de tous les libertaires du début du siècle ceux, contre le franquisme au-delà des Pyrénées, comme ceux qui se révélaient au-delà des Alpes contre un Benito.

Ainsi avec la pensée de Malatesta, (qui empiriquement ferait le lien avec mes origines paternelles) et dont le meilleur livre serait sa vie. Alors qu’Errico, qui conversait avec Kropotkine, Bakounine, serait possiblement le lien qui me relit en dehors des origines, alors que lui-même avait visité la France et la Roumanie en 1879, après avoir participé en 1875 à l’insurrection de l’Herzégovine contre les Turcs, en Hongrie.

Avec l’anarchie, le désordre est à l’intérieur de soi afin de permettre à ses pensées, ses actions d’être en cohérence avec une conscience commune de l’universalisme de l’égalité des droits.

« Il ne s’agit donc pas d’arriver à l’anarchie aujourd’hui, ou demain, ou dans dix siècles, mais de s’acheminer vers l’anarchie aujourd’hui, demain et toujours ».

Vouloir l’Anarchie, c’est-à-dire une société fondée sur un accord libre et volontaire, ne permettant à personne d’imposer sa volonté à autrui, laissant tous faire comme ils l’entendent et collaborer volontairement au bien-être général. Son triomphe ne sera définitif, universel, que lorsque tous les hommes ne voudront plus être commandés ni commander à d’autres, et qu’ils auront compris les avantages de la solidarité pour savoir organiser un système social dans lequel il n’y aura plus trace de violence et de coercition.

La ligne directrice adoptée, est maltraitée, confrontée à l’actualité, aux nouvelles malversations que l’ordre insinue dans les courants de pensée des sociétés. Ces ensembles d’idées, de théories et de doctrines structurant la réflexion intellectuelle, politique, philosophique ou scientifique au cours de l’histoire.

Pour moi, l’école c’était fini à 13 ans. Comme s’il fallait suivre le père, dans une inconscience guidée par un subconscient des plaintes paternelles de mon enfance. S’il y a des écoles, hélas ! très mauvaises, pourtant nous ne voudrions pas que nos enfants y soient sans apprendre à lire ni à écrire, en attendant de pouvoir organiser assez d’écoles modèles pour tous, comme je le découvris dans le livre contant celle d’un autre enseignement, moins contraignant : « Libres enfants de Summerhill ». Ecole autogérée fondée en 1921 dans la région de Londres.

Nous voyons donc que pour instaurer l’anarchie, il ne suffit pas d’avoir la force matérielle pour faire la révolution. Il faut aussi que les travailleurs, associés selon les diverses branches de production, soient en mesure d’assurer par eux-mêmes le fonctionnement de la vie sociétale sans la participation des capitalistes et du gouvernement.

On peut constater de même que les idées anarchistes, loin d’être en contradiction avec les lois de l’évolution basées sur la science, comme le prétendent les socialistes scientifiques, sont des conceptions qui s’adaptent parfaitement à elles : c’est le système de l’expérimentation qui passe du terrain des recherches au champ des réalisations sociales. 

Des conquêtes d’ailleurs, à la fuite des enseignements traditionnels, en passant par une quête de nouveau monde, de richesses spirituelles avec toute l’ignorance de la jeunesse qui passent par des étapes hétéroclites, parfois risquées, surprenantes, voire belliqueusement en dehors des lignes. Des labyrinthes, des zones sombres, des instants lumineux, un chemin de vie, tel un chemin de croix, pour en arriver à un âge où on pense pouvoir dire je sais, je sais. Mais comme dit la chanson, on ne sait jamais, les choses, la vie. Comme l’anarchie, nos pensées s’assagissent peut-être et se canalisent avec plus de précisions.

C’est ainsi que je vois entre l’homme de silence dans les monastères et le prisonnier réduit à l’isolement, une quête d’introspection qui en cela possèdent plus de similitudes que d’opposés. C’est pourquoi, ce n’est pas le dieu de l’église que combattent les anarchistes, mais le décorum de l’église, quant aux maîtres, c’est celui qui dominent les faibles, pas celui qui sait maîtriser ses pensées en cohérence avec un collectif cohérent avec un bien commun qui se voudrait durable pour le plus grand nombre.

De la banalisation des lois scélérates à une violence plus névrotique qu’engagé sur un chemin de combat idéologique. Quand bien même le combat pour les excès de la bétonisation et de l’artificialisation classe les soulèvements de la terre comme des anarchistes à la Vaillant, Ravachol ou Emile Henry.

Finalement, après l’échec de la propagande par le fait, les militants dans leur immense majorité se détournent de la conception individualiste de la lutte pour se lancer, par le biais des syndicats, à la conquête de la classe ouvrière.

Poètes et penseurs qui contrevenaient à l’ordre moral ou sociétal en contredisant les vérités des sociétés issues de la féodalité. L’imaginaire littéraire de la prison : parce que l’espace carcéral est le lieu par excellence de la mobilité empêchée, la littérature carcérale confère une place centrale et paradoxale aux mouvements, concrets ou métaphoriques. Ce lieu de mobilité réprimée, confère à chaque déplacement une importance accrue : les contraintes pesant sur les circulations, qu’elles soient humaines ou matérielles, en font des points nodaux des représentations carcérales. Tandis que la notion d’écriture carcérale invite d’abord à s’interroger sur les effets de la condition carcérale et la pratique littéraire. Lorsque l’incarcération est pensée comme une mise à l’épreuve, nourrie de relectures bibliques et antiques, l’élévation des pensées ou les voyages mystiques peuvent opposer à l’entrave des corps un affranchissement de l’esprit et des émotions. On peut pareillement considérer les écritures échangées entre prisonniers, billets clandestins ou graffitis laissés sur les murs des cellules. Scénarios dynamiques de l’incarcération qui favorisent la suggestion de nomadisme des âmes.

Apollinaire, Boudard, Boualem Sansal, Desnos, Dostoïevski, Gheorghiu, Goldman, Istrati, Malatesta, Mandela, Michel, Reclus, Saornil, Soljenitsyne, Verlaine, Wilde, des hommes en colère contre toutes les injustices et le bâillon posé sur la liberté d’expression dans leur pays.

On le voit aujourd’hui, si c’est en Suisse, que l’internationale anarchiste a l’habitude de se réunir, c’est aussi au XXIè siècle la société la plus avancée en termes de démocratie directe.

La Suisse fonctionne sous un régime de démocratie semi-directe, caractérisé par une forte implication citoyenne via des votations régulières. Les citoyens peuvent influencer la Constitution par des initiatives populaires et contester des lois par des référendums faisant du peuple le souverain final.

Bakounine est enterré à Berne. Saint-Imier est le berceau du mouvement, où le premier congrès antiautoritaire s’est tenu en septembre 1872. En juillet 2023, la commune a accueilli les Rencontres Internationales Anti-autoritaires (RIA) pour les 150 ans du mouvement.

Contenu des réunions : Les débats, autogérés, portent sur l’anarchisme contemporain, le Rojava, l’anarcha-féminisme, la justice climatique et les mouvements sociaux

Pareillement, quel plus bel exemple de transgression du monde de la croissance infinie que l’encyclique de François, „Laudato si’ „.

Et pourquoi ne pas rappeler que pour Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre » définissant l’anarchisme non comme un chaos, mais comme un ordre social absolu, fondé sur la liberté, l’autogestion et le fédéralisme, sans autorité hiérarchique ni État. C’est l’idée que l’ordre véritable naît de la liberté, et non de la contrainte. L’homme abouti, dépouillé de forfanterie, de toute vanité.

Quand pour la première publication du livre d’Alain Alexanian, « L’art de bien manger BIO» qui parle d’écologie alimentaire, traduit en roumain, et distribué dans les écoles et lycées de Roumanie, vient une lettre de félicitations du pape François en 2019 et qu’un lustre plus tard, tu visites la grotte où séjourna l’apôtre André, considérée comme le Bethléem du christianisme roumain, et la plus ancienne église chrétienne du territoire roumain. D’une perdition probable vers un chemin sacerdotal, des colères canalisées par une mission de transmission du message d’une révolution délicieuse où l’éducation à l’alimentation renverse les tables du marketing hypocrite de l’agro-industrie et rejoignent l’esprit de liberté et de conscience populaire face aux puissances occultes de la finance.

Quelques histoires de l’anarchisme en Roumanie.

« Aucun autre pays européen ne connaît aussi peu le mouvement anarchiste » que la Roumanie, écrivaient Martin Veith et Maria Lidia dans un court article consacré au révolutionnaire bessarabien Zamfir Arbure-Ralli. Une histoire aussi complète que possible de la diffusion des idées anarchistes en Roumanie, du XIXe siècle à la fin de la Seconde Guerre mondiale, reste à écrire. D’autant plus que la diffusion des textes et des idées anarchistes ne semble pas avoir été aussi négligeable dans notre pays qu’on pourrait le croire. Dès le XIXe siècle, plusieurs tentatives ont néanmoins été faites pour brosser un portrait de l’anarchisme roumain. La grande majorité d’entre elles sont l’œuvre d’historiens anarchistes, d’écrivains ou de militants proches du milieu et de la vision libertaires.

Max Nettlau, l’un des plus importants historiens des mouvements libertaires, dressera en 1897 une liste exhaustive des nombreuses publications, brochures, traductions et écrits d’inspiration anarchiste parus en Roumanie jusqu’alors. Sans entrer dans les détails, la brève note qui accompagne cette liste mérite d’être citée : « Les origines du mouvement [socialiste] roumain étaient anarchistes ».

La même année, dans la revue parisienne L’Humanité Nouvelle, Gh. Mărculescu – alors collaborateur de la revue Mișcarea Socială, publiée par les « anarchistes » Panait Mușoiu et Panait Zosîn – publia un article en deux parties intitulé « Le socialisme en Roumanie », dans lequel il s’efforçait de documenter à la fois les origines anarchistes du mouvement socialiste en Roumanie et le rejet et la marginalisation ultérieurs des tendances libertaires, au profit d’une organisation du parti inspirée du modèle de la social-démocratie allemande. L’influence de Constantin Dobrogeanu-Gherea fut déterminante en la matière, et la « querelle » de l’illustre critique avec l’anarchisme mériterait, par ailleurs, une étude à part entière.

Fin de cette quatrième tranche.

  • Tranche V à venir, des urgences de la Roumanie, de l’une à l’autre, celles de mon microbiote contrarié et d’une démocratie contreversée.

Patrick-Pierre Pettenuzzo

 

Subscribe to newsletter

Inscris in Registrul European

Partener strategic si sustenabil